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Les rochers rouges à Agay, grand vent, circa 1910

Huile sur toile, signée en bas à droite.
60 x 73 cm

Provenance :
Collection Marie-Lucie Nessi Valtat, jusque dans les années 1960 
Galerie Brame et Lorenceau, Paris
Collection particulière, France
Galerie Alexis Pentcheff, Marseille
Collection particulière, France

Attestation d'inclusion au catalogue de l’oeuvre de Louis Valtat émise par les Archives de l’association « Les amis de Louis Valtat ».

 

Beaucoup d’encre a coulé au cours de la dernière décennie pour tenter de trancher la question de savoir si Valtat était, oui ou non, un Fauve.
Si l’on considère ses oeuvres isolément, il y a en effet matière à désorienter les historiens de l’art, d’autant que l’artiste n’est pas un théoricien : il ne nous a rien confié qui soit susceptible d’éclairer ses futurs exégètes.
Selon la période et l’oeuvre, Valtat nous semble toujours à la lisière ou dans le sillage ... des Nabis, des néo-impressionnistes ou des Fauves. Dans l’œil du cyclone, jamais.

Pour résumer quelques éléments factuels, indiscutables : il expose dès 1893 au Salon des Indépendants et en 1905 il est présent au Salon d’Automne dans la Salle XV, aux côtés de Friesz, Jawlensky, Rouault ou Kandinsky et non dans celle des Fauves (la fameuse salle VII).
La revue L’Illustration (4 novembre 1905) souligne toutefois une parenté de l’artiste avec le groupe en reproduisant, sur la même page que la célèbre Femme au chapeau de Matisse, une marine de Valtat qui n’avait pas manqué de faire scandale.

Valtat n’est pourtant pas lié à Matisse, né la même année que lui. Ils n’exposent jamais ensemble et ses amitiés vont plutôt au groupe des Nabis ou à Signac et à Luce, à Renoir, ainsi qu’à Toulouse-Lautrec, avec qui il travaille un temps au milieu des années 1890.
C’est Vollard, le marchand des Fauves, qui, à compter de 1904, représente exclusivement Valtat. Jusqu’en 1911, il lui achète toute sa production et se charge des envois dans les différentes manifestations, jusqu’à ce que le galeriste mette fin à cette collaboration, n’y trouvant pas son compte.

Valtat vit et travaille souvent éloigné de la capitale. Entre 1895 et 1897, il séjourne d’abord autour du Bassin d’Arcachon et de Banyuls, afin de soigner sa tuberculose. Cette période semble être la plus expérimentale, dans laquelle il fusionne et décline tous les langages qu’il connaît jusqu’alors.
Ces recherches se poursuivent en Méditerranée, à Anthéor, où il se fait construire une maison en 1899. Il y restera jusqu’à la guerre.

Notre tableau, probablement daté des années 1909-10, nous donne à voir un grand coup de vent sur la côte. Valtat y a abandonné toute tentation néo-impressionniste.
En un plan resserré avec un horizon haut, des masses cernées s’affrontent brutalement sur la roche rouge selon un rythme effréné. La couleur, intense, structure le tableau davantage que le dessin. Tout semble mouvant, soumis à l’effet d’un vent furieux, qui accentue encore les contrastes. La peinture est puissante.

La surface de la toile se transforme en un champ de bataille où les forces en présence luttent et s’entrechoquent. La composition vacille, l’équilibre se rompt et le spectateur peut ainsi véritablement éprouver, dans cette peinture sensorielle, l’effet du vent sur le paysage maritime.